Puit_de_l_amour          Cette histoire se déroule dans Paris même. Plus exactement à l’angle des actuelles rues Pierre-Lescot et de la Grande-Truanderie. Autrefois, ce petit carrefour se nommait le « carrefour d’Ariane ».

Il faut imaginer les lieux tels qu’ils étaient à l’époque. Nous sommes dans le quartier des Halles qui à cette époque était le cimetière des Innocents. Avant d’aller plus loin, je vais faire un petit cours d’histoire. Les cimetières ont été situés en dehors des murs de la ville. Puis au fur et à mesure des années, les cimetières sont devenus le centre des villes, des villages. D’où l’expression : « La mort au cœur de la ville » !

Les cimetières de cette époque étaient non pas mort, lugubre, froid, silencieux… Bien au contraire, si je prends l’exemple du cimetière des Innocents, il était un lieu de vie : bordé par des boutiques (ouvert de jour comme de nuit ), un va-et-vient incessant de badauds, de voleurs, de chiens errants ( pour prendre par-ci par-là des nonos !! ).

A côté de ce cimetière des Innocents, est situé le puits d’Ariane. Il sera nommé le puits de l’amour, mais avant le puits sera nommé le « puits de la mort ».

Voici son histoire !

            Agnès Hellebic était une fille d’une personne importante de la cour de Louis-Philippe. Elle habitait une belle demeure digne du patrimoine royal. Ces atouts ne manquaient pas d’attirer des prétendants au titre d’époux. Mais Agnès, avec son caractère de jeune femme riche, était capricieuse et aucun de ces prétendants ne lui convenait.

Un jour pourtant, elle rencontra un homme au carrefour d’Ariane, qui lui a fait accélérer son pouls, battre les cils et bafouiller des banalités. Lorsqu’elle le vit donc, elle l’observa descendre de sa monture, et s’asseoir sur la margelle du puits. Agnès conclut qu’il n’avait aucun défaut. Elle aurait aimé attirer son attention, lui adresser la parole, mais le jeune homme remit le pied dans l’étrier et disparu dans la ville.

Agnès était amoureuse. Elle raconta son histoire à son père. Ce dernier, après le récit de sa fille, reconnut ce mystérieux homme grâce à ses armoiries. 

Alors Agnès incita et supplia son père de le lui faire rencontrer. Elle le rencontrera au bal organisé quelques jours plus tard.

            Au bal, Agnès s’y fit remarquer. Romuald, le nom de ce beau jeune homme, l’invita à danser, la courtisa, et lui jura de la revoir. Mais hélas, il ne tint pas promesse. Et surtout, Agnès apprit les fiançailles du beau parleur avec une jeune fille de la Cour. Elle décida de se suicider, de se jeter dans le puits d’Ariane et en finir avec tout cela : injustice, honte, douleur et dégoût.

Elle fut enterrée dans le cimetière des Innocents. Romuald ne connut plus que les affres des regrets et demanda alors à un prêtre de faire une cérémonie dans le but d’aider l’âme de cette jeune fille à rejoindre des limbes plus confortables que ceux de l’entre-deux. Mais, le prêtre se trompa dans ses prières, car Agnès revient errer sur la terre.

Romuald vint tous les soirs prier, et vit un soir Agnès revenir de l’au-delà. Il la trouva plus belle que jamais ! Depuis ce soir là, il revint tous les soirs voir sa bien-aimée. Un soir, Romuald vint et ne vit pas Agnès, mais au pied de ce puits d’Ariane, deux bébés. Il ne comprit pas que ces deux êtres étaient ses enfants ! Il les confia à un couple d’ami qui n'avaient pas pu avoir d’enfants.

            Trois siècles plus tard, les habitants du quartier des Innocents se plaignirent d’un nouveau fléau : l’odeur des corps en putréfaction, la vue des immondices jetées dans le cimetière, les encombrements quotidiens des charrettes de marchandises, et surtout la présence de rats qui ne cessait d’augmenter.

La présence de ces rats d’après certaines rumeurs, fut le résultat qu’un couple qui se retrouvait au puits de l’Amour. La particularité de ce couple fut que l’homme était bien constitué de chair et de sang, mais que la femme était un esprit, ou plutôt un cadavre possédé par un démon qui avait choisi son enveloppe charnelle pour séduire cet homme. Ce couple aurait eu deux enfants : un garçon et une fille ( un incube et un succube ). Ces derniers auraient donné naissance à une nombreuse progéniture. Beaucoup de gens interprétèrent ces rats comme la descendance de ces amants.

Périodiquement, ils reviennent quand l’époque est propice à la prolifération du sordide.

            Pour finir, trois siècles après la mort d’Agnès, un jeune homme rongé par le même mal que souffrait Agnès suivit alors son exemple. Ce geste émut tant celle qu’il aimait qu’elle jeta une corde et promit de l’épouser.

Reconnaissant, il fit graver sur la margelle du puit :

« L’amour m’a refait

En 1523, tout à fait »